Les petites dames de Wat Kor (1/2)

Battambang, village de Wat Kor. Sortir du centre vers le sud, passer l’une des 7 pagodes, le marché et repérer au bord de la route un vieux panneau de bois indiquant « ici maison ancienne ».

Pénétrer dans l’allée bordée de frangipaniers odorants. Observer dans le silence du lieu la majesté du bâtiment. S’avancer vers l’escalier.

Maisons de Wat Kor

Le charme désuet d’une belle maison en bois a Battambang

Gravir quelques marches, s’imprégner de l’odeur du bois sec, du vent frissonnant caressant l’oreille. Enlever ses chaussures poussiéreuses. Détecter le sourire de l’hôte et la musique de sa voix. Fouler la douceur des lattes de bois précieux, ancrer son pied au sol, poursuivre la sensualité de la caresse.

Ouvrir les yeux. Vous êtes dans l’une des deux maisons traditionnelles khmeres de Wat Kor, maisons habitées depuis 3 générations, début 20ème, par la même famille.
Vous êtes le bienvenu.

La petite dame de Wat Kor vit seule ici avec sa cuisinière, dans cette immense et vibrante maison. Et elle parle : sa famille, son mari, un gouverneur de la province, ses enfants… puis les silences deviennent plus profonds que les mots. Le bois vous raconte l’élégance de la vie, les douceurs passées dans la chaleur douce du salon.

Wat Kor, maison khmere a Battambang Cambodge

La petite dame de Wat Kor, charmante et touchante

Puis le silence devient lourd et sourd : toute sa famille a disparu en 1975, tués par des enfants soldats.

La lumière revient. La petite dame de Wat Kor vous raconte les objets, les photos familiales, l’instrument de musique dont jouait son mari. Elle vous montre la boîte à bétel de son mariage et comment utiliser cette feuille stupéfiante, pour avoir bonne haleine, se nettoyer les dents et dormir. Comment on se maquille. Sous le feu des mille questions qui vous viendront – en même temps – à l’esprit, elle vous sourira et en silence vous montrera. Cette boîte est un trésor permettant de sceller officiellement l’union de deux amoureux (ou de deux « choisis-par-les-parents »). Vous ne voulez pas partir de la maison de bois. Vous ne voulez pas quitter la petite dame de Wat Kor. Vous voulez encore partager.

Le silence encore. Laisser naître l’émotion. Observer les traits de soleil traversant l’air poussiéreux de la terrasse. Saluer la cuisinière. Ecouter…

La petite dame de Wat Kor était enseignante, son français est impeccable. 40$ de pension de retraite. Des petits boulots au marché et des services au voisin lui permettent de survivre et de rester dans la maison de sa famille.

Redescendre les marches, jeter un dernier regard. La maison de bois continue de vous parler. La maison de bois de Battambang.